Le drame du Port de Laverré

 



Aujourd'hui, j'ai envie de vous raconter l'histoire de Jean Ferré (1731-1785), ancêtre de Sylvain et Florian, et aussi de Line et Marie, à la huitième génération, par leur ascendance Renault.

Jean Ferré est né à Vivonne le 30 janvier 1731. Il est le fils aîné de Michel Ferré et Anne Renaudière.

Vous vous rappelez Michel Ferré, le voiturier que je vous ai présenté le mois dernier dans mon article V comme... Voiturier.

Mais la famille Ferré n'était pas vraiment une famille de voituriers (Michel était une exception), elle était plutôt une famille de meuniers : Le grand-père de Jean (le père de Michel) était meunier du moulin de Bapteresse à proximité de Château-Larcher, et son oncle Jean Ferré avait repris aussi la charge de ce moulin de Bapteresse. Son oncle Louis Ferré était le meunier du moulin de Boiscoutant à Vivonne, sur le Clain, sa tante Catherine avait épousé Jacques Villeneuve, le meunier du Moulin Neuf de Champagné-Saint-Hilaire. Il n'y avait guère que sa tante Jeanne, qui n'ait pas épousé un meunier, son mari, Pierre Pillet était... boulanger... elle n'était quand-même pas tombée trop loin...

Bref, pas de suspense, Jean ne sera pas voiturier comme son père, il sera meunier comme le veut un atavisme familial certain (il laissera à son jeune frère Jacques le soin de reprendre plus tard l'affaire de marchand voiturier de son père).

En 1758, il a alors 27 ans, il épouse à Andillé, Marie-Radegonde Besseron, 20 ans, la fille de Jacques Besseron et Gabrielle Ressouge.

Ensemble ils auront neuf enfants.

Le premier, prénommé Jean comme son père, naîtra à Vivonne fin 1758, alors que Jean travaillait à cette époque au moulin de Boiscoutant chez son oncle Louis.

Mais aussitôt après, Jean et Marie-Radegonde vont quitter Vivonne, et s'établir sur la paroisse voisine de Château-Larcher, où ils vont prendre la responsabilité du moulin de Chambon, au bord de la Clouère.

Là vont naître les six enfants suivants, Antoine (qui ne vivra que dix jours), puis de nouveau Antoine, Louis, Radegonde (qui décèdera à l'âge de sept ans), Anne et Marie, toutes ces naissances entre 1761 et 1772.

Le moulin de Chambon devenait trop petit pour Jean et sa famille, et puis les affaires ont été plutôt bonnes, alors il décide de reprendre un moulin plus important. Ce sera celui du Port de Laverré, sur la paroisse d'Aslonnes.

Le Port de Laverré était un gros moulin au bord du Clain, avec deux roues à eau tournantes, pouvant moudre aussi bien le froment, l'orge, la baillarge ou le seigle, capable de traiter seize boisseaux environ, soit plus de 150 kg de farine par jour, pour chaque roue.

Et c'est là, au Port de Laverré que vont naître les deux derniers enfants, Pierre en 1779 (mais qui décèdera très vite à l'âge de sept jours), et enfin de nouveau Pierre en 1781.

Voilà, en 1781 la famille est au complet, Jean a 50 ans et Marie Radegonde, 44 ans. Déjà leurs fils aînés, Jean et Antoine, travaillent depuis quelques années aux côtés de leur père, ils ont 23 et 20 ans. Et Louis aussi à 17 ans, commence à tenir un rôle.

Portons-nous maintenant quatre ans plus tard. Nous sommes le 12 mars 1785, un samedi.

Jean Ferré est allé pour ses affaires au bourg de Vivonne, à pied. Et à la nuit tombante, il se prépare à refaire le chemin inverse, pour retourner chez lui.

La météo était devenue très mauvaise dans l'après-midi, il neigeait abondamment sur la contrée, de telles bourrasques de neige qu'on n'y voyait pas à se diriger à la nuit tombée, les chemins étant transformés en pièges incertains.

Qui plus est le Clain était très haut, et même peut-on dire en crue, présentant une hauteur de six à sept pieds en plusieurs endroits.

Jean a tout de même pris la route du retour, par le chemin le plus court, le halage qui longe la rive gauche du Clain et mène directement à son moulin, un peu plus d'une lieue en aval.

Il traversa le village de Danlot, puis celui de La Planche. Les conditions devenaient de plus en plus mauvaises... Sans doute aurait-il pu s'arrêter à La Planche, aller toquer à la porte de Paul Renault et Anne Bourdeille pour demander l'hospitalité et se mettre en sécurité. Paul Renault, il le connaissait bien, c'était le Syndic des villages de la paroisse de Vivonne, un homme impliqué et serviable, et il lui aurait sans aucun doute ouvert son huis.

Mais Jean a décidé de continuer. Après-tout il était déjà presque à mi-chemin de son moulin, il connaissait les lieux comme sa poche, alors...

Mais arrivé au contrebas de la ferme des Bâchées, là où la rive du Clain se transforme presque en falaise, le rétrécissement de la vallée a eu pour effet de faire monter le niveau du Clain et d'en accélérer le cours, et Jean tomba dans les eaux tumultueuses. La force du courant et l'absence de visibilité ne lui laissèrent aucune chance.

Il disparut sans que personne ne pût lui porter secours. La tempête, la crue et l'isolement des lieux rendirent toute recherche immédiate impossible. Le lendemain dimanche 13 mars, seulement deux ou trois personnes des villages ont pu venir participer à la messe dominicale, ce qui montre le caractère exceptionnel des conditions météo du moment.

Le corps de Jean Ferré n'a été repêché que dix jours plus tard, le 22 mars, sur la paroisse d'Iteuil, à trois kilomètres en aval. Monsieur Guerry, le procureur fiscal et notaire de la paroisse de Vivonne, s'est chargé d'assurer la reconnaissance et la levée du corps, et de donner au père Bailly, curé d'Aslonnes, la permission d'inhumer (avec aussi la permission du père Couturier, curé d'Iteuil, puisque le corps avait été retrouvé sur le territoire de sa paroisse).

Ainsi mourut Jean Ferré, le meunier du moulin du Port de Laverré, qui se montra bien imprudent ce soir là de mars 1785, pour retrouver sa famille.

C'est son fils aîné, Jean, qui continua l'exploitation du moulin. Il épousera plus tard Marie Renault, la fille de Paul Renault et Anne Bourdeille.

Antoine pour sa part, quittera ensuite le moulin et deviendra sergetier (un artisan tisserand qui produit de la serge), puis cabaretier.

Le troisième, Louis, mourra assez jeune, en 1786, un an et demi après son père, à l'âge de 22 ans. Il était célibataire.

Anne, l'aînée des filles Ferré, épousera plus tard Paul-Pierre Renault, le fils de Paul et d'Anne Bourdeille, et poursuivra la lignée des Renault jusqu'à nous.

Quant à Pierre, le cadet des enfants Ferré, il deviendra cultivateur à Saint-Maurice-la-Clouère, où il épousera Anne Gauvreau, qui n'est autre elle-même qu'une petite-fille de Paul Renault et Anne Bourdeille...

Ainsi la famille Ferré et la famille Renault vont s'unir par trois mariages différents, pour devenir une seule et même famille... un peu comme les Migault et les Renault deux siècles plus tard...




Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

René CHAIGNEAU, un homme d'engagement