O comme... Orfèvre
René Rondier (1748-1801) était Maître Orfèvre dans
la bonne ville de Saint-Maixent.
Il n'est pas notre ancêtre direct, il est le frère de notre
aïeule Catherine Rondier, et le fils de notre ancêtre Louis Siméon Rondier
(1710-1767), notaire et procureur de la paroisse de Sanxay.
René a laissé son frère François poursuivre le métier
d'homme de loi de son père (cf mon
article de juin 2024 : François Rondier, un notaire aventureux). René, lui,
s'est destiné à la profession d'orfèvre. Il s'est installé à Saint-Maixent, où
il s'est associé avec Alexis Fontant, lui-même orfèvre, originaire de Boismorin
dans la paroisse de Magné dans le pays Civraisien, à proximité de la paroisse
de Gençay.
En 1776, René Rondier a 28 ans. Pour resserrer encore
les liens avec son collègue Alexis, il épouse Marie-Elisabeth Fontant, la sœur
de son associé. Le mariage est célébré le 18 juin par le Père Maillot en
l'église de Saint-Germier.
La maison Rondier, orfèvre, s'installera
successivement dans la rue Taupineau, puis dans la rue du Chadeuil (l'actuelle
rue Vauclair), et enfin à titre définitif, dans la rue de la Halle (l'actuelle
rue des Martyrs de la Résistance).
Le métier de maître
orfèvre était à la fois un art,
un artisanat et un statut social élevé dans le monde des métiers d’art.
Il travaillait les métaux précieux, principalement l’or, l’argent, et
parfois le platine ou le cuivre doré, pour fabriquer des objets de luxe : Bijoux (bagues, colliers, broches), objets religieux (calices, ciboires,
ostensoirs), pièces d’orfèvrerie domestique
(services à thé, plats, chandeliers, couverts), décorations et insignes pour la noblesse...
Le maître
orfèvre était aussi le chef d’un atelier : il dessinait, façonnait,
polissait et il supervisait les apprentis. Il devait maîtriser le dessin ornemental, la fonte et le martelage, le soudage
et la gravure, le repoussage et le poinçonnage.
Les
habitants qui empruntaient la rue de la Halle, au passage devant l'atelier
de René Rondier étaient saisis par l’odeur
du charbon, mêlée à celle du métal chauffé, qui emplissait la pièce basse où
s’alignaient les établis des apprentis et des compagnons, noircis par l’usage.
Sur
la grande table de chêne, les outils attendaient : limes fines, ciselets, burins, maillets de buis, pinces à feu, poinçons et étaux serrés. Dans un
coin, la forge à air
ronflait doucement, prête à recevoir les lingots d’argent que le maître allait
transformer en coupes, chandeliers ou simples broches d'apparat.
René
portait son tablier de
cuir et ses lunettes
rondes cerclées de cuivre. À ses côtés, son apprenti soufflait
le feu, maintenant la flamme vive. Le marteau du maître frappait le métal sur
l’enclume à petits coups réguliers — tac,
tac, tac — comme un battement de cœur qui rythmait la matinée.
Plus
tard, il devrait se rendre à la grande ville, chez le marchand orfèvre de Niort,
pour négocier l’achat d’un lot d’argent neuf. C’était toujours affaire de
finesse et de confiance : le prix du métal variait selon sa pureté et selon les
arrivages des mines espagnoles du lointain Pérou. René emportait sa pierre de touche et un
petit flacon d’acide
d’essai pour vérifier la teneur du métal avant de payer. Une
erreur de titre, et c’était sa réputation, et celle de son poinçon, qui en
souffrirait.
De
retour à Saint-Maixent, il retrouvait souvent quelque client notable : un chanoine de l’abbaye,
une bourgeoise veuve,
ou un officier de la
garnison. Tous venaient commander un objet porteur de prestige
: un crucifix, un service à café, un sceau gravé de leurs armes. René prenait
les mesures, dessinait à la plume sur un papier jauni, et discutait longuement
du motif, fleur de lys, pampre de vigne,
angelots ou simples filets.
Les
soirées, il les passait souvent à polir, à dorer au mercure ou à frapper son poinçon de maître sur
le verso de la pièce terminée. Chaque coup de poinçon était comme une
signature, une promesse de qualité et de probité.
René
Rondier et Marie-Elisabeth Fontant auront six enfants.
Le
25 nivôse an IX (15 janvier 1801), René décède à Saint-Maixent à l'âge de 52
ans. Marie-Elisabeth, après le décès de son mari, ira vivre au domicile de son
fils Benjamin, notaire à Exoudun, où elle décèdera le 1er mars 1825, à l'âge de
68 ans.
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