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comme... Maître de Poste ou Messager
Notre aïeul
François Bouchet est issu d'une lignée de bourgeois de la paroisse Saint
Porchaire de Poitiers. Il y est né le 21 octobre 1697, de François Bouchet son
père et Marie Ursule Boulot sa mère. Il est le sixième d'une fratrie de dix,
mais il est le seul garçon, avec trois de ses sœurs, à avoir atteint l'âge
adulte.
Il est né
dans une dynastie du transport. Son grand-père maternel Marc Boulot était
voiturier, son oncle Simon Boulot était messager de La Rochelle.
François
sera Maître de Poste et Messager de Paris. Son relais de poste était implanté à
un endroit stratégique, au village de Croutelle, au Sud de Poitiers, à la
jonction de trois grands chemins royaux, vers Paris, vers La Rochelle, vers
Angoulême et Bordeaux.
Le Maître de Poste était un personnage essentiel dans l'organisation des communications et des transports, tout particulièrement depuis que l'administration s'était fortement centralisée sous le règne de Louis XIV, ce qui impliquait la mise en place d'un système efficace de transmission des instructions et consignes royales aux Provinces depuis la Capitale.
François
était donc propriétaire d'une charge réglementée, qui avait été acquise
moyennant finances versées au Trésor du Roi. En contrepartie de laquelle il
percevait un tarif officiel, fixé par le Roi, pour fournir des chevaux aux
attelages de passage, il jouissait de privilèges comme des exemptions d'impôts,
ou le port d'un uniforme. Il était un notable local.
François
avait ainsi en charge un cheptel de chevaux, devait gérer et mettre à
disposition des postillons pour les conduire, des palefreniers et des garçons
d'écurie pour soigner les chevaux, des maréchaux ferrants, du personnel de
maison pour assurer la restauration et le logement des voyageurs... le relais
de Poste aux Chevaux du Roi de Croutelle était une vraie ruche, et François en
était l'ordonnateur.
En épousant
Marie Jeanne Desaulx, en 1721, il avait su intégrer à son affaire des
compétences utiles. Son beau-père Jacques Desaulx était lui-même voiturier et
aubergiste.
Ce jour là, alors
que le soleil commençait à s'élever au-dessus de la grande route, une brume
légère s'accrochait encore aux haies, mais déjà la cour du relais de Poste de
Croutelle bourdonnait d'activité. Les
chevaux piaffaient, la paille craquait sous les bottes, et l'odeur du cuir neuf
se mêlait à celle du foin frais.
Sous le
porche, marqué "Poste aux chevaux du
Roy", François Bouchet inspectait d'un œil attentif les préparatifs.
Son registre sous le bras, il notait chaque départ, chaque arrivée, d'une
écriture précise.
Dans
l'écurie, le palefrenier attelait quatre chevaux nerveux à une diligence jaune
et noire. Leur souffle formait de petits nuages blancs dans l'air froid du
matin.
Bientôt, le
postillon, botté jusqu'aux genoux, fit tinter ses éperons et monta en selle,
prêt à conduire la voiture jusqu'à la Poste suivante. Ce sera au relais de
Sèvres-Anxaumont, sur le grand chemin de Paris, tenu par le beau-frère de
François Bouchet, Pierre Thibault, l'époux de sa jeune sœur Charlotte.
De la salle
commune montait une odeur de café chaud et de soupe d'oignons. Les voyageurs,
emmitouflés dans leurs manteaux, achevaient leur collation avant de reprendre
la route. Un marchand de draps discutait du prix du blé avec un officier du
roi, tandis qu'un jeune abbé notait dans un carnet les observations de son
voyage. La Poste était un carrefour du monde, on y croisait toutes les classes,
toutes les nouvelles, toutes les humeurs.
Soudain, le
son du cor retentit au loin, ce cri clair et impérieux, qui annonçait un
courrier royal.
Aussitôt,
tout le relais s'anime. François presse son monde : "- Des chevaux frais, vite ! Le courrier du Roi passe avant tout !"
Les hommes
courent aux écuries. Les postillons arnachent en hâte quatre montures les plus
vives. Quelques minutes plus tard, le courrier du Roi entre au galop dans la
cour, couvert de poussière, la cape battant au vent. Sans un mot il tend sa
feuille de route, reçoit les nouveaux chevaux, et repart dans un nuage de terre
et d'éclats de fer.
Tout cela
n'a duré que dix minutes. Quand le calme revient, François Bouchet soupire,
satisfait. Encore un relais bien mené, dans la grande mécanique du royaume...
Bientôt
viendrait la diligence du soir, avec ses voyageurs fatigués, ses bagages, ses
plaintes et ses histoires. Mais pour l'heure, la vie du relais reprend son
cours ordinaire : les bêtes qu'on étrille, le foin qu'on monte au grenier, les
sabots qui claquent sur les pavés, les coups de marteau sur l'enclume du
maréchal qui adapte ses fers aux sabots des chevaux.
Ainsi se
déroulait, jour après jour, la vie d'un relais de Poste au siècle des Lumières,
un lieu de passage, de bruit et de poussière, mais aussi un point vital du cœur
battant de la France.
François et
Marie Jeanne ont eu dix enfants entre 1723 et 1739, dont quatre sont décédés en
bas âge. Nous descendons de la plus jeune, Jeanne Magdelaine.
Le 16 janvier
1753, François Bouchet décède à sa tâche, dans son relais de Poste, à
Croutelle, et le lendemain ses obsèques sont célébrées dans l'église Saint
Porchaire de Poitiers. Il a 55 ans.
Marie Jeanne
lui survivra dix années, jusqu'au 18 mai 1763.
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