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comme... Rôtisseur et Boucher
François
Ballu est né à Sanxay en 1755. Il est le fils de François Ballu, tailleur
d'habits, et de Marie Chauvin. A sa naissance et pour son baptême, il a été
nommé Jacques, en l'honneur de son parrain, Jacques Garreau. Mais aussitôt on
lui a donné le prénom d'usage de François, comme il était séant alors de donner
le prénom du père au premier fils. Et tout le reste de sa vie, c'est ce prénom
de François qu'il a continué à porter.
Le
jeune François ne gardera pas le métier de son père, il va se destiner au
métier de boucher. Il ne taillera plus le tissu, mais la viande de bœuf, les
veaux, les pourceaux, les volailles. Il apprendra les techniques de l'abattage
et de la découpe, du parage et de l'assaisonnement, le salage et le séchage, la
maîtrise du feu et de la broche.
En
1778, François a 23 ans, il se promet en mariage à Marie Richer. Et le vieux curé
Louis Rondier (curé de Sanxay pendant plus de 50 ans entre 1730 et 1781, et lui
même frère d'un de nos ancêtres, Louis Siméon) procède à leur mariage dans
l'église Saint Pierre.
Dans
le bourg de Sanxay, en Poitou, la boutique de François Ballu, maître boucher et rôtisseur, s’ouvre dès l’aube comme
une gorge chaude respirant la fumée de bois. Il enfile son lourd tablier, passe
la main sur son billot de bois, et vérifie ses couteaux, qu’il aiguise
systématiquement. Cette précision est un réflexe, aucune bonne découpe sans lame vive.
Puis
il allume le grand foyer. Avant même
que les premiers habitants ne traversent la place encore grise de rosée, on
entend le claquement sec de son tisonnier, le frottement du fer contre la
pierre, et ce petit soupir satisfait qu’il pousse quand le feu prend enfin, vif
et clair.
Le
bois claque, les braises de charbon de bois deviennent rouge sombre, prêtes à
recevoir la broche. Le foyer occupe presque tout le mur du fond : une gueule
sombre, creusée par des années de braises, où dansent de petites étincelles
têtues. François y prépare ses broches avec une précision d’orfèvre.
C’est
un homme massif, mais ses gestes ont la délicatesse d’un horloger : poser la
volaille, l’attacher d’un fil bien serré, équilibrer le poids, vérifier que
rien ne branle. Puis il installe le cochon de lait, enduit d’un mélange
d’herbes pilées et de sa fameuse graisse parfumée, dont il garde la recette
comme d’autres gardent un secret de famille. C’est là que sa maîtrise du feu
intervient, il ajuste la hauteur, écoute le crépitement, devine si les flammes
lèchent trop la peau ou pas assez.
Lorsque
la chaleur devient stable, il met tout en mouvement. Les broches tournent
lentement, comme si le temps lui-même s’étirait sous l’effet des flammes. La
peau des volailles commence à blondir, un crépitement discret annonce que la
magie opère. De temps à autre, François se penche, arrose la viande d’un jus
qu’il récupère dans une lèchefrite, écoute la réaction du feu comme on écoute
un ami qui donne un conseil.
Devant
l’échoppe, l’odeur attire bientôt les premiers curieux. Les gamins, envoyés
acheter un morceau de lard ou simplement flairer la promesse du repas du soir,
se pressent contre la porte. Les femmes du bourg discutent à voix basse en
examinant les légumes posés sur l’étal, destinés à accompagner une oie ou un
gigot. Les hommes de passage, après le marché, lèvent instinctivement le nez
vers la cheminée : l’effluve de chair rôtie a ce pouvoir-là, celui de retenir
les pas et faire saliver les plus résolus.
François,
lui, navigue entre tout ce monde avec son sourire tranquille. Son tablier lui
colle aux hanches, noirci par la fumée, mais ses yeux brillent d’une fierté
discrète. Être rôtisseur ici, à Sanxay, ce n’est pas seulement nourrir le
village : c’est tenir un rôle presque cérémoniel. Aux jours de fête, quand les
cloches sonnent plus longtemps que d'habitude, et que les tables se couvrent de
linge blanc, c’est chez lui qu’on vient commander la pièce maîtresse du repas.
Alors il redouble de soin, surveille la cuisson jusqu’au dernier souffle de
braise, pour que la peau craque sous la dent et que la viande se détache d’un
seul coup de fourchette.
Au
cœur du bourg, dans cette chaleur permanente, entre fumée et éclats de voix, la
boutique de François Ballu est un foyer au sens plein du mot : un endroit où le
feu transforme tout, la viande, l’air, parfois même l’humeur de ceux qui s’y
arrêtent. Et chaque jour, sous la lueur tremblée des flammes, le maître
rôtisseur recommence son œuvre, patient, passionné, comme si le monde entier
tenait dans une simple broche tournant doucement.
François
et Marie auront dix enfants entre 1778 et 1799. Nous descendons de leur
deuxième fils, Jean, né en 1780, que j'ai déjà raconté dans cette série, à la
lettre H, comme Huilier.
Marie
décède en 1812, à l'âge de 59 ans.
François
lui survivra encore 25 ans, jusqu'en 1837, année où il décède à l'âge canonique
de presque 82 ans.
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