T comme... Tuilier

 


François Brillaux avait les mains brunes de terre et de soleil. On disait, dans le village de Vasles, qu'on pouvait reconnaître un tuilier rien qu'à la façon dont il levait les doigts, comme s'il soupesait toujours une forme invisible. François, lui, portait ce geste sans même y penser. Il pétrissait l'argile du Poitou comme d'autres pétrissent le pain.

Chaque matin, au cœur de ce XVIIIe siècle, il quittait le petit village de La Pagerie, relevant de la paroisse de Vasles. La brume couvrait encore les guérets et les haies, et le chemin jusqu'à sa petite tuilerie, installée près du bois de Neuchèze, semblait appartenir à un monde silencieux.

À peine arrivé, il allait vérifier les tuiles mises à sécher la veille, en touchant du bout des doigts leur surface froide, en recherchant la moindre fissure, la moindre faiblesse. Rien ne lui échappait : la terre parlait, et François la comprenait.

Son atelier n'était guère plus qu'un appentis ouvert sur la cour, où s'alignaient les moules de bois, usés par les années. Là, il étalait l'argile préparée la veille, la tassait, l'égalisait d'un geste sûr, puis retirait le moule avec un soin presque paternel. Les tuiles, encore molles, étaient déposées sur des planches inclinées, prêtes à affronter le long séchage, dont la durée serait dictée par le vent et le soleil.

Lorsque venait le temps de la cuisson, tout le village de La Pagerie, à seulement 200 toises de là, sentait la fumée de son four. Le feu, François le surveillait comme on surveille un animal capricieux : trop vif, il déformerait les tuiles, trop faible, il les laisserait friables. Il connaissait chaque craquement de son four de pierre, chaque souffle du tirage, et personne dans la région n'obtenait des tuiles aussi régulières que les siennes. Les maçons de Vasles, de Vausseroux, de Sanxay ou de Ménigoute, se disputaient volontiers ses fournées, jurant "qu'une toiture cuite chez Brillaux ne laissait jamais passer l'eau".

On croisait parfois François au village, toujours prêt à s'arrêter pour parler de terre, de couleurs de cuisson, ou du temps qu'il ferait, car le ciel, pour lui, n'était pas une abstraction : c'était un compagnon de travail, parfois un adversaire. Les habitants de la châtellenie savaient que sans lui et ses tuiles rouges, leurs maisons, leurs granges et même leur petite chapelle auraient une tout autre allure.

Ainsi vivait François Brillaux, artisan tuilier, sans gloire éclatante mais indispensable à la vie du lieu. Dans le souffle des fours et la poussière d'argile, il façonnait non seulement des tuiles, mais une part du paysage même du Poitou, solide, rustique et patiemment façonné, à l'image de l'homme qui le construisait.

François Brillaux est né dans la paroisse de Saint-Germier vers 1725. C'est en 1758 qu'il a épousé Renée Quitté dans l'église Sainte Radegonde de Vasles. Elle avait 23 ans, née en 1733 à la Fonzille de Vasles, et baptisée dans l'église de Coutières.

Ensemble ils ont eu au moins quatre enfants, l'aînée Françoise, notre aïeule, née en 1760, puis Pierre en 1762, François vers 1765 et Marie en 1770.

Notre tuilier, François Brillaux, est décédé fidèle au poste, dans sa tuilerie de Neuchèze, le 14 juin 1775, il avait cinquante ans.

Renée Quitté se remariera en 1780 avec Pierre Chaignon, lui aussi veuf, journalier résidant à La Fonzille. Elle y décèdera le 25 août 1790, là où elle était née 57 ans plus tôt.

 



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