N comme... Notaire et Procureur


 

Au tournant des XVIIe et XVIIIe siècle, la petite bourgade de Sanxay, au cœur du Poitou, vit au rythme de la terre, des marchés et des obligations royales. C’est dans ce cadre rural, à mi-chemin entre Poitiers et Saint-Maixent, qu’exerce Charles Byard, notaire et procureur, un personnage central de la vie administrative et judiciaire locale de cette châtellenie, entre 1684 et 1722.

Charles Byard est né à Saint Maixent, dans la paroisse Saint Saturnin, le 16 avril 1663. Son père Guillaume Byard, Seigneur de l'Herbaudière, est Procureur du Roy en l'élection de Saint-Maixent, comme son grand-père Pierre avant lui. Un personnage important de la ville, époux de Maixende Bruslon. Charles est leur premier fils, deuxième enfant d'une fratrie de douze.

Quand Charles a 21 ans, il faut lui donner une situation digne de sa lignée, et son père Guillaume se met en quête d'une alliance convenable. Le choix se portera sur la fille de son collègue et ami René Roger, notaire et procureur de la paroisse de Sanxay. Celui-ci a une fille à marier, Jeanne, et il est prêt à léguer son étude à un prétendant de bonne lignée, et digne de sa confiance. C'est décidé, le contrat est signé, et le 24 janvier 1684, Charles Byard épouse Jeanne Roger, en l'église Saint Pierre de Sanxay, union célébrée par le curé Lezay.

Et Charles devient ainsi le nouveau notaire et procureur de Sanxay.

Son étude, installée près de l'église, est un lieu familier pour les habitants du bourg et des paroisses voisines. Paysans, artisans, métayers ou petits seigneurs viennent y faire rédiger leurs actes : contrats de mariage, ventes de terres, baux à ferme, partages d’héritages, reconnaissances de dettes ou testaments. Charles écoute, note, choisit ses mots avec prudence. Sa plume court sur le parchemin, fixant pour toujours les promesses et les volontés des hommes. Chaque acte qu’il scelle a valeur légale, car il agit au nom du Roi et garantit la fidélité de l'écrit à la loi.

En tant que notaire, Charles Byard est le gardien de la foi publique : il veille à ce que les engagements soient clairs, sincères et durables. Ses registres, les minutes, sont précieusement conservés, car ils font foi dans tous les litiges. Mais sa fonction ne s’arrête pas à l’écriture. En tant que procureur, il représente également les habitants de Sanxay devant la justice royale, au bailliage royal de Poitiers, au siège de la juridiction du marquisat de Lusignan, ou de la Châtellenie de Bois-Pouvreau. Il y dépose les requêtes, suit les affaires, plaide parfois au nom de ses clients et s’assure que la procédure se déroule selon les formes légales.

Cette double compétence, fréquente dans les petites villes et les bourgs ruraux, fait de lui un intermédiaire essentiel entre la population et l’administration royale. Le notaire et procureur réunit en sa personne la fonction d’écrivain public, de juriste et de représentant légal : il traduit les coutumes en actes et les volontés privées en décisions reconnues par la justice.

Charles Byard appartient ainsi à la haute bourgeoisie locale. Instruit, il sait lire le latin, connaît le droit romain et les coutumes du Poitou. Il entretient des relations suivies avec les curés, les officiers du seigneur local et les marchands des environs. Son autorité s’appuie sur la confiance collective : dans un monde où peu savent écrire, sa plume engage l’honneur et les biens de tous, elle inscrit la loi du roi jusque dans les foyers les plus humbles.

Charles et Jeanne auront neuf enfants entre 1685 et 1700. C'est son fils aîné Guillaume, notre ancêtre dans la lignée, qui héritera à son tour de cette charge de notaire et procureur de Sanxay.

A la fin de sa vie, après avoir cédé sa charge à Guillaume, Charles revient à Saint-Maixent, où il décède le 18 août 1722 à l'âge de 59 ans. En hommage rendu à son rang, son corps sera inhumé le lendemain à l'intérieur de l'église des Révérends Pères Cordeliers (église disparue aujourd'hui, démolie au XIXe siècle pour permettre la construction des casernes militaires).

Héraldique des Byard : D'azur à trois billettes d'or posées en barres



 

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

René CHAIGNEAU, un homme d'engagement