P comme... Perruquier



 

Pierre Dubois n'est pas un de nos ancêtres en ligne directe. Il ne figure dans notre arbre que parce que son fils André Dubois épousera Renée Poupard, la sœur d'un de nos ancêtres. Mais sa profession, perruquier, assez originale il est vrai dans notre province, méritait bien cet article.

Pierre Dubois est né vers 1684. Il est le fils d'Etienne Dubois et de Charlotte Linger.

Dans la paisible ville de Saint-Maixent, où les rues s’animent surtout les jours de marché, Pierre Dubois, perruquier de son état, ouvre chaque matin sa boutique. Un parfum subtil de poudre de riz, de pommade d’amande et de cheveux fraîchement lavés flotte dans l’air. Pour Pierre, c’est l’odeur familière de son royaume.

Sa journée commence toujours par un rituel précis. Il ouvre les volets, ajuste la lumière, puis effleure du regard ses précieux outils : ses rouleaux de bois, du tilleul ou du peuplier, des bois légers et au grain fin, faciles à tourner, ses cartons de tulle, ses boîtes d’aiguilles fines, ses rubans, et les mèches de cheveux soigneusement triées.

Pierre Dubois n’est pas un simple artisan : il est façonnier de réputation, sculpteur d'apparences, magicien de la chevelure. Chaque perruque qu’il confectionne raconte quelque chose de son destinataire, son rang, son goût, sa fortune. C’est ce qui plaît à Pierre : donner à chacun une allure que le naturel ne lui aurait peut-être pas accordée.

En ce début de XVIIIe siècle, la perruque n’est pas un simple accessoire de mode : c'est un marqueur social, un symbole d’élégance, de statut et parfois même de profession. Ici cependant, rien des fastes parisiens de la Cour, aucune ombre de marquis capricieux ni de comédiennes volubiles, la Province suit la mode, certes, mais avec un temps de retard, et surtout avec plus de mesure.

 À Saint-Maixent, l’air sent le foin, la rivière et les jours ordinaires. Pourtant, son art s’y est fait une place. Les notables de la ville, le juge royal, le chanoine de l’abbaye toute proche, le riche marchand de drap, tous se disputent ses perruques les mieux poudrées.

Lorsque la petite cloche de la porte tinte, c’est souvent son voisin le notaire, consciencieux et toujours pressé, qui entre le premier. Sa perruque à queue, façon catogan, est un peu élimée et réclame régulièrement un rafraîchissement. Pierre la renouvelle, la recoud, la repoudre avec soin. Ici, point de raffinements extravagants, on veut du solide, du convenable, de l’honnête ouvrage.

Dans l’atelier, les cheveux achetés aux colporteurs, parfois même fournis par des paysannes venues vendre une natte soigneusement coupée, sont triés dans de grands paniers d’osier, par longueur, par couleur, par épaisseur. Pierre travaille lentement, méthodiquement, tout en répondant aux bavardages des clients qui, souvent, ne viennent pas seulement pour la coiffure mais aussi pour les nouvelles de la ville. Le perruquier, en Province, est un peu messager, un peu confident, un peu chroniqueur local.

À l’heure de midi, ce sont les apprentis de l’abbaye qui frappent timidement à la porte. Ils viennent chercher la petite perruque du père bibliothécaire, abîmée par la poussière des manuscrits. Pierre les accueille avec chaleur, glisse parfois une mèche rebelle derrière une oreille.

L’après-midi, la clientèle devient plus simple. Les paysans aisés du voisinage, qui eux ne portent pas de perruques, mais désirent parfois une coupe soignée pour les dimanches de fête, viennent s’asseoir sur le tabouret de bois. Pierre adapte son art, range la poudre blanche, délaisse les rouleaux pour son couteau fin et sa brosse de sanglier. Il aime ces moments-là : un travail honnête, sans cérémonial, sans prétention.

Dans cette petite ville où chacun connaît le nom de chacun, Pierre Dubois, perruquier de Province, demeure un artisan précieux. Moins flamboyant que dans une plus grande ville, peut-être, mais plus proche des gens, plus enraciné. Et chaque perruque qu’il façonne porte un peu de cette vie provinciale : simple, solide et sincère.

En 1710, Pierre a 26 ans. Il épouse au village de Saint-Christophe-sur-Roc, Jeanne Ducrocq, fille d'André Ducrocq, sieur de La Groie et de Dame Marguerite Auditeau.

Ses parents, Etienne Dubois et sa femme Charlotte, qui demeurent loin d'ici, dans la paroisse Saint Jacques de Châtellerault, n'ont pas fait ce long voyage en diligence pour l'occasion. Ils se sont contentés de faire parvenir leur consentement recueilli par leur notaire attitré. C'est le frère de Pierre, curé de la paroisse de Rouvre, qui a pu les marier, avec l'autorisation spéciale de Messire Guillot, prieur en titre de Saint-Christophe-sur-Roc.

Pierre et Jeanne seront donc les nouveaux propriétaires du domaine de La Groie à Saint-Christophe.

Pour l'anecdote, leur fils André, qui sera par la suite notaire à Saint-Christophe, changera son nom en André Dubois de Lagroix, pour acquérir ainsi un semblant de noblesse, même fausse, mais qui sur une plaque de notaire, fera plus grande impression que simplement Dubois...




 

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