M comme... Maître Maréchal

 




Au détour du XVIIe et du XVIIIe siècle, le métier de maréchal était essentiel dans les villages ruraux du Poitou. C'était celui qui maîtrisait à la fois la technique du feu et de la métallurgie, et la pratique de l'anatomie équine. Pas de village sans maréchal, alors pas d'arbre généalogique sans maréchal... Nous en avons des dizaines, dans toutes les branches. Il fallait bien en choisir un...

Germain Bourolleau est né à Magné le 17 février 1672, chez Guy Bourolleau et sa femme Catherine Lescurault. Guy Bourolleau était notaire au village de Magné. Germain, lui, sans doute sans passion pour les études de droit, préfèrera apprendre le métier de maréchal.

Ce matin là, la brume glissait encore au ras des canaux du Marais Poitevin, on entendait déjà, à Magné, le martèlement clair et régulier qui s'échappait de la forge de Germain Bourolleau, devenu le maître maréchal du village. Le son se propageait dans l'air humide comme une signature familière : tang, tang, tang, réponse métallique à l'aube naissante. Depuis plus de vingt ans, Germain façonnait ainsi le fer et le destin des chevaux qui faisaient battre le cœur du pays.

Son atelier, adossé à une grange de pierre blonde, s'ouvrait largement sur le quai du grand Port. On y voyait les braises rougeoyer dès les premières heures du matin, animées par le soufflet qu'il actionnait d'un geste sûr. La fumée, mêlée d'odeur de charbon et de crin mouillé, s'élevait en volutes épaisses avant de disparaître dans le ciel pâle. Germain, large d'épaules, la barbe poivre et sel déjà tachée de suie, travaillait le métal avec une précision héritée de longues années d'apprentissage.

Dans le Marais, tout dépendait du cheval, pour transporter les denrées, pour tirer les barges le long de la Sèvre sur le halage entre Niort et Coulon, plus loin encore vers Saint-Hilaire-la-Palud et Marans, et même parfois le long des conches étroites. Aussi, lorsque l'une de ces bêtes fidèles se blessait, trébuchait ou perdait un fer dans la boue traîtresse des chemins d'eau, c'était vers la forge de Germain que l'on se tournait. Il savait écouter le sabot comme d'autres écoutent un cœur : d'un coup d'œil, il devinait l'usure des aplombs, la sensibilité d'une sole, la nécessité d'un fer plus léger, plus large ou plus clouté.

Ce matin-là, un paysan vint à lui avec une jument alezane, ses flancs encore luisants de rosée. L'animal boitait légèrement. Germain passa sa main sous l'encolure, puis descendit le long de l'épaule jusqu'au sabot. Il prit le pied entre ses genoux, scruta la corne fendue, puis se redressa lentement.

"- Rien de grave", dit-il . "Le marais a ses caprices… mais on peut y remédier ."

Il remit du bois dans la forge, fit glisser une barre de fer dans les braises vives. Aussitôt, la lumière rouge s'empara du métal, le ramollissant comme de la cire. Germain saisit la pièce avec ses pinces et la fit chanter sous le marteau, sur l'enclume. Le fer prenait forme à chaque coup, s'arquait, s'affinait, devenait ce qu'il fallait pour la jument. Autour, quelques enfants curieux observaient l'homme à l'œuvre, fascinés par l'alchimie du feu et du métal.

Quand le fer fut prêt, Germain le refroidit dans un seau d'eau, qui siffla brutalement. Puis il releva le pied de la jument, para le sabot avec son couteau, et cloua le fer neuf avec la sûreté de celui qui ne laisse jamais un geste au hasard. L'animal, apaisé, appuya son poids sans hésitation. Le paysan poussa un soupir de soulagement.

Germain ne demanda que le juste prix, il n'était pas homme à s'enrichir au détriment de ses voisins. Son métier était service autant qu'art, et s'il le fallait il saurait aussi réparer une fourche cassée, forger le soc d'une charrue ou ferrer l'extrémité d'une pigouille...

Dans le silence retrouvé après leur départ, il attrapa un instant le tabouret près de l'enclume. Ses doigts, noirs et calleux, reposaient encore sur le manche du marteau. Son regard se perdit vers le marais où se faufilaient les barques des pêcheurs.

Il songea que son existence, simple et grossière, avait pourtant sa noblesse : il permettait au village de vivre, à ses habitants de se déplacer, à leurs bêtes de servir dignement. Et tant que le fer résonnerait sous son marteau, Magné ne manquerait jamais d'élan.

Ainsi vécut Germain Bourolleau, maître maréchal du Marais Poitevin, gardien des sabots, artisan du mouvement, homme du feu et de la patience, dont le travail, jour après jour, unissait l'homme, la terre, le fleuve et le cheval.

Vers 1695, Germain a épousé Renée Pascaud. Ensemble ils auront dix enfants entre 1696 et 1711, tous nés à Magné. Nous descendons de leur fille Marie, la huitième de la fratrie, née en 1706.

Germain décède à Magné en 1734, à l'âge de 62 ans. Renée l'avait précédée en 1731 âgée de 60 ans.




 

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